Dans son livre « J’ai failli y laisser mon âme », le Dr Daniel DUFOUR raconte toutes les horreurs dont il a été témoin dans son métier de chirurgien de guerre, puis dans ses missions humanitaires. Enfin, il raconte comment il a pris conscience qu’il portait un TSPT, trouble post-traumatique, accompagné de tout un tas de symptômes décrits p 206-207. Il s’est employé à s’en guérir, en particulier en visant à débloquer ses émotions enfouies (et donc non vécues). Il écrit p 215 :

« Lorsqu’une personne réprime une émotion, elle bloque en elle le circulation de l’énergie (puisqu’une émotion est de l’énergie pure). Ce blocage crée des tensions qui, à leur tour, provoquent une baisse de l’efficacité des défenses immunitaires, ce qui entraîne un mal-être physique ou psychique. Je constatais que lorsqu’une personne parvenait à débloquer et, par conséquent, à exprimer son émotion, tout s’inversait. Et cette personne, bien souvent, guérissait. Mais je ne comprenais pas pourquoi l’expression de la colère et de la tristesse me permettait non seulement d’aller mieux, mais aussi de « digérer » le traumatisme. »

J’ajoute que l’enfant victime de violences n’a pas d’autre possibilité pour survivre que de bloquer ses émotions, de les refouler, voire de les cliver (le cran au-dessus), c’est à dire d’établir avec elles comme une coupure, un mur, une séparation étanche (qui ne l’est jamais). Le problème c’est que, devenus adultes, nous ne nous comprenons plus nous-mêmes car, d’une manière ou d’une autre, le refoulé se manifeste par toutes sortes de bizarreries, symptômes, maladies. Alors mieux vaut prendre le taureau par les cornes et, avec l’aide d’une personne avisée, aller à sa rencontre. Et les émotions, enfin vécues, vont perdre leur pouvoir de nuisance. Au lieu de survivre, nous entrons dans la vie.

Je cite avec grand plaisir les tous derniers mots de la conclusion :

« Une personne victime de traumatisme peut vivre à nouveau, et parfaitement bien, mais il lui faut pour cela s’autoriser à ressentir et à vivre les émotions bloquées en elle lors du traumatisme. Il lui faut s’accorder de l’intérêt et du respect, et prendre le temps de s’écouter. En d’autres mots, il lui faut se donner de l’amour… »

Et il arrive que « se donner de l’amour », c’est accepter de se faire aider. Pour un temps. Pour quelques étapes.