Lytta Basset est une pasteure protestante, théologienne, qui a écrit de nombreux livres commentant des écrits bibliques (« moi je ne juge personne », « la joie imprenable », etc.). Elle a beaucoup développé les thèmes de la culpabilité (sa thèse) et du mal subi (alors que dans la religion chrétienne l’accent est trop souvent mis sur le mal que nous commettons). Je l’ai écoutée au cours d’une des très nombreuses conférences qu’elle a données.  Elle a aussi rejoint beaucoup de parents qui ont vécu le drame d’un enfant qui se donne la mort, car telle a été aussi son expérience qu’elle a partagée (« ce lien qui ne meurt jamais »).

Ce sont de larges extraits de tout le début de son livre « le pouvoir de pardonner » que je devrais reproduire ici, et j’y renonce tant il y en a. Ce livre a été publié en 1999, il commence par une méditation exégétique sur le 4° chant du serviteur d’Isaïe (Bible), poème qui commence à la fin du Ch 52. Lytta Basset a parfaitement compris la voie vers notre moi souffrant. Les discussions exégétiques, indispensables pour argumenter comment bien comprendre un texte qui a près de 2600 ans, alourdissent la lecture. Mais tout y est pour qui accepte une lecture un peu laborieuse.

C’est formidable pour moi de percevoir comment peuvent se rejoindre des voies psychologiques et spirituelles, et la convergence des auteurs que j’ai cités.

Je devrais citer aussi René Girard, mais un travail reste à faire à partir de son oeuvre. Les tentatives pour passer de son anthropologie, à laquelle j’adhère sans réserve, vers la psychologie ne m’ont pas convaincu, d’autant plus que je ne les comprends pas (3° partie de « Des choses cachées… », son livre sur l’anorexie, etc.). Je ne crois pas qu’il faille partir du désir mimétique comme l’ont fait les psychiatres qui discutent avec lui, mais bien du mal subi comme l’a fait Lytta Basset, et de l’imitation de la violence subie. C’est comme si la violence avait une fois de plus trouvé le moyen de se cacher, ici derrière le désir.

Car désormais, pour nous qui sommes définitivement et originairement dans un monde de violence, la question est – et je cite ici Lytta Basset page 33 :  » Comment assumer et dépasser le mal que nous avons subi, sans le reproduire ? », en évitant (je cite page 40-41) « les impasses que nous avons repérées jusqu’ici : l’autodestruction, l’auto-accusation, la connaissance du Bien et du Mal qui légitime l’accusation, la révolte, la vengeance. »

Alors sur ma lancée je cite la page 100 pour finir, en vous proposant d’entendre dans le mot serviteur, qui est biblique, le mot « témoin » qu’utilise Alice Miller :
« La possibilité est offerte à tout humain d’être serviteur : de l’épouvante à l’acceptation du moi souffrant et à sa mise en place dans la vérité, la prise de conscience qui guérit est promise à quiconque relève le défi ».